Vie au Cégep

Un éventuel DEC bilingue à Garneau

C’est au cours de l’Assemblée générale du 21 avril que le projet d’un DEC bilingue avec le Cégep anglophone St-Lawrence a été abordé et rendu public aux étudiants et étudiantes pour la première fois. L’assemblée de l’AGECFXG, en soutien au syndicat des professeurs, y avait finalement adopté une motion de blâme reprochant à la direction son opacité lors du processus et la remise en cause de la place du français au sein du CÉGEP. Très peu de détails ont été divulgués sur la teneur du projet, son avancement et sa vraisemblance. Voici quelques précisions qui devraient éclairer quelque peu le sujet.

Par Luqman Cissé, Journaliste pour la Salle des Nouvelles

En premier lieu il faut savoir que les démarches ont été entreprises à l’initiative de St-Lawrence. Selon Mme Paulette Dupuis, directrice des études, Garneau aurait ainsi été approché en automne 2015 pour réfléchir à la pertinence d’établir un DEC bilingue entre les deux établissements. Au départ, aucun programme n’aurait été ciblé. Le programme de Sciences humaines s’est cependant rapidement imposé comme étant le plus probable des DEC offerts compatible au projet.

En effet, St-Lawrence, du fait de la politique ministérielle en vigueur au sujet de l’éducation en langue anglaise, atteint toujours son devis et n’a d’autres choix que de refuser 300 à 400 étudiants chaque année. Dans le cas de Garneau, c’est autre chose. Le Cégep ne fait pas son devis et en considérant les cours offerts des deux côtés, le programme qui serait le plus facile à adapter pour un tel DEC serait celui en Sciences humaines. Le personnel enseignant des deux Cégeps partage aussi la même accréditation syndicale, ce qui faciliterait l’intégration du DEC impliquant le personnel des deux établissements. Pour la direction des études, le DEC bilingue répondrait aux besoins de certains étudiants qui souhaiteraient se former dans un anglais de niveau langue maternelle sans pour autant faire une croix sur un Cégep francophone étant donné que les cégeps francophones comme Garneau ne peuvent dépasser le niveau de langue autonome en anglais

En se basant sur les informations actuellement connues, le DEC bilingue consisterait en un programme offert sur le campus du Cégep Garneau, certains cours pourraient aussi être suivis à St-Lawrence. Étudiant dans un programme bilingue, les étudiants auraient à suivre la moitié de leurs cours en français avec l’autre partie dispensé en anglais par des professeurs de St-Lawrence. Particularité notable, ils auraient 4 cours de littérature en parallèle dans chaque langue (niveau maternelle) et pourraient choisir la langue dans laquelle ils préférons faire leur É.U.F (Épreuve Universelle de français). Les étudiants seraient considérés comme membres du Cégep Garneau et obtiendraient leur diplôme ici.

 

En ce qui a trait à la réception du personnel enseignant et du syndicat, elle est plutôt ambivalente. M. Gabriel Bouchard, professeur et vice-président à la pédagogie au sein du syndicat, confirme que le DEC en Sciences humaines connaît moins de popularité ces derniers temps et que le devis n’est pas comblé. Un DEC bilingue pourrait donc répondre à cette problématique. Le syndicat sait aussi que les professeurs concernés par cet éventuel programme se sont montrés plutôt favorables à l’initiative et ont confirmé qu’il était possible de mettre ce DEC sur pied.

Des réserves ont toutefois été émises par le syndicat qui reproche notamment à la direction son manque de transparence lors du processus. Selon M. Bouchard, c’est en mars 2016 que le syndicat a été informé par les officiers syndicaux de St-Lawrence de démarches entreprises avec le Cégep anglophone et impliquant des professeurs et des cadres de Garneau. Bien que quelque peu choqué par le manque d’informations, particulièrement sur ce cas qui relève du développement pédagogique, ce n’est pas précisément le fait de n’avoir pas été consulté qui indigne le syndicat (la direction des études en a le droit en principe), c’est plutôt la représentation des professeurs lors des discussions, avec une délégation dont les membres n’ont pas été élus, qui fait hausser les sourcils. M. Bouchard affirme ainsi que le syndicat ne se serait pas opposé aux discussions et aurait simplement souhaité que les professeurs représentant le Cégep soient choisis par le biais d’une assemblée générale.

En ce qui concerne le projet en lui-même, le syndicat se dit neutre tout en observant une « neutralité critique ». Il souligne sa particularité, la contradiction apparente qu’il pose avec la politique linguistique du Cégep et tout ce qui a trait aux questions de pédagogies et de relations de travail. On craint entre autres la possibilité que ce DEC puisse supplanter son homologue francophone en prestige. On souligne aussi la remise en question de la formation générale complémentaire qui pourrait difficilement cohabiter avec le nombre de cours de littérature qui se verrait doublé dans un tel DEC.

Mme Dupuis n’a pas voulu commenter les motions adoptées par les assemblées de l’AGECFXG et du SPCFXG. La directrice des études a toutefois confiée que la communauté collégiale avait eu vent du projet et craignait qu’il y ait eu un manque de transparence en faisant une demande à la ministre de l’enseignement supérieur (le DEC étant expérimental). Or, aucune demande n’a encore été faite. Pour Mme Dupuis, cela témoigne du stade embryonnaire du projet qui ne se limite actuellement qu’à des consultations des différentes parties prenantes. Concernant le français, Mme Dupuis met de l’avant l’espace alloué au français à Garneau (Espace du français) et les innovations apportées par le Cégep en matière de langue. Il n’y a donc pour elle aucune contradiction sur ce plan.

Pour ce qui est de la mise en vigueur du DEC, la direction des études ne semble pas vouloir s’avancer. Elle insiste sur le stade peu avancé des démarches et ne confirme donc pas que le projet aboutira. Sans en avoir la certitude, le syndicat est toutefois d’avis qu’il est possible que le DEC bilingue puisse être effectif dès 2017.

Un DEC bilingue n’est l’objet que d’un seul précédent au Québec, avec les Cégeps St-Laurent et Vanier. Mme Dupuis et M. Bouchard ont cependant tous les deux évoqués les différences de contexte qui rendent impossible la reproduction de ce qui existe à Montréal à Québec. Si ce DEC voyait le jour, il serait donc sensiblement différent.

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