Le monde

Campagne référendaire au Royaume-Uni

Par Luqman Cissé,                                                                                                                    journaliste pour la Salle des Nouvelles

Vendredi dernier, le Premier Ministre britannique David Cameron a négocié un accord, à Bruxelles, concernant le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. De retour à Londres avec un accord suscitant des réactions partagées au sein même de son propre parti, David Cameron a confirmé que le référendum se déroulerait le 23 juin prochain.

La tenue d’un référendum avant la fin de l’année 2017 était une promesse électorale de David Cameron, faite pendant les élections générales britanniques de 2015. Réélu le 8 mai 2015 d’une manière inattendue, notamment en obtenant une majorité absolue, le Premier Ministre britannique doit maintenant tenir son engagement et faire campagne pour le maintien du Royaume-Uni à l’intérieur de l’Union européenne. Il se heurte cependant à la résistance de certains membres de son parti (on compte six ministres pro-Brexit), sans parler des partis d’opposition tels que l’Ukip (parti ouvertement europhobe et anti-immigration) et certains membres du parti travailliste.

Afin de mener une campagne convaincante, David Cameron a négocié un accord avec l’Union Européenne. Cet accord préservera l’autonomie déjà particulière du Royaume-Uni au sein de l’UE, tout en le gardant écarté du processus d’intégration politique mis en œuvre par l’UE. Le Royaume-Uni pourra aussi superviser certains aspects liés à sa politique en matière d’immigration, en adoptant des mesures qui ne l’obligeront pas à octroyer aux nouveaux arrivants un statut équivalent à celui de salarié. Ainsi, pour les ressortissants d’un pays membre de l’UE travaillant sur le sol britannique, il y aura la possibilité d’actionner un frein d’urgence aux allocations sociales pour une période de sept ans. Au niveau des finances, le Royaume-Uni pourra aussi gérer ses instituions et établissements financiers afin d’assurer sa stabilité financière. En somme l’accord vise à garantir plus d’autonomie politique pour le Royaume-Uni au sein de l’organisation régionale ayant la plus forte intégration politique au monde.

Pourtant, malgré l’accord, rien n’est joué pour Cameron et les pro-EU. En effet, dès son retour à Londres, les figures de proue du mouvement anti-EU ont commencé à s’afficher ouvertement. C’est ainsi que l’influent maire de Londres, Boris Johnson, qui ne cache pas ses ambitions envers le poste de Premier Ministre après le départ de Cameron, s’est affiché en faveur d’un Brexit (sortie de l’EU) en invoquant la démocratie mise en danger par le désengagement des électeurs au sein de l’EU. Le maire de Londres rejoint ainsi le camp des opposants à l’EU, un camp qui, à l’instar de celui des adhérents, compte des personnalités de tous les horizons politiques.

Cette campagne référendaire, où s’affrontent eurosceptiques, europhobes et pro-européens, a une incidence négative sur les marchés, à tel point que la livre sterling a effectué une chute, lundi dernier, au profit de l’euro et du dollar. Les pro-européens peuvent néanmoins se satisfaire de la tendance qui est actuellement en leur faveur, avec près de la moitié des britanniques opposés à une sortie de l’EU (48%) contre 33 % en faveur et 19% pour les indécis. Les experts évaluent les chances d’un Brexit entre 20% et 40% (Banque Citi, groupe Eurasia) et l’agence de notation Moody’s considère, pour sa part, qu’une sortie de l’EU engendrerait des coûts qui surpasseraient les gains espérés.

 

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