Le monde

Formation d’un nouveau gouvernement en Lybie

Par Luqman Cissé,                                                                                                                  Journaliste pour la Salle des Nouvelles

Symbole des échecs et déceptions du printemps arabe de 2011, la Lybie vient de se doter d’un gouvernement d’union le 14 février 2016. Depuis le renversement et l’assassinat du dictateur lybien Mouammar Kadhafi, le pays est plongé dans l’instabilité et le chaos et fait face à la menace grandissante de l’EI, qui s’est déjà implanté dans le pays.

La Lybie, qui a, depuis 2011, l’allure d’un état failli, était jusqu’à maintenant partagé entre deux gouvernements. L’un de ces deux parlements était basé à Tobrouk, l’autre à Tripoli. Ce dernier n’était cependant pas reconnu par la communauté internationale.

Ce gouvernement est issu des négociations tenues par le Conseil présidentiel, à Skhirat, au Maroc. Ce conseil avait déjà présenté, le 25 janvier, une première mouture d’un gouvernement d’union nationale, mais la composition de ce premier gouvernement avait été refusée. Cette fois-ci, le parlement, installé à Tobrouk, tiendra une session qui aura pour objet la confiance attribuée à ce nouveau gouvernement. Il serait composé de dix-huit membres parmi lesquels on compterait cinq ministres d’État.

La précédente proposition avait été rejetée pour des raisons de rivalités diverses. L’identité du Ministre de la Défense ainsi que le nombre de ministres, jugé trop important, figuraient parmi les points qui alimentaient l’opposition à ce gouvernement d’union. Même cet accord-ci ne fait pas l’unanimité, car deux membres parmi les neuf membres du conseil présidentiel ont refusé d’apposer leur signature sur le document annonçant la composition du nouveau gouvernement.

Ce gouvernement était une nécessité compte tenu de la situation actuelle de la Lybie. En effet, en plus d’être divisée sous deux parlements, la population vit dans l’insécurité, sous le joug de diverses milices qui font la loi depuis 2011. La ville de Syrte, ancien fief de Khadafi, est d’ailleurs sous l’autorité de l’EI, qui a profité de l’absence d’autorité politique dans le pays pour s’implanter. Parmi les attaques revendiquées par l’EI en Afrique, plusieurs ont été perpétrées par des combattants entraînés en Lybie, dans les camps de l’EI.

La Lybie est, depuis peu, devenue une destination prisée par ceux qui souhaitent rejoindre les rangs des groupes terroristes comme l’EI. Pour des insurgés provenant du Nord de l’Afrique ou du reste du continent, le pays est en effet plus proche et plus facile d’accès que la Syrie. Boko Haram opérant déjà dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale (Niger, Cameroun, Tchad, Nigéria) en tant que branche de l’État Islamique, certains redoutent que les différents groupes terroristes nord-africains et ouest-africains profitent de la vulnérabilité politique de la Lybie pour rejoindre le champ d’opération de Boko Haram en traversant les frontières.

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