Chroniques

Le temps d’une dinde

Par Guillaume Dubois, chroniqueur pour la Salle des Nouvelles

 

Ah ! Les réjouissances du temps des fêtes qui approchent à grands pas. Ne sentez-vous donc pas la magie de Noël ? Il y aura effectivement de quoi se réjouir le soir du réveillon autour de la traditionnelle dinde, alors ne le dites pas trop fort, mais jamais un gouvernement n’aura donné autant d’importance à l’école.

Hausse du nombre d’élèves par classe, abandon de la prise en charge des élèves handicapés et en difficultés dans la composition des classes, deux années de gel salarial et des augmentations faméliques à doses homéopathiques étalées pour le corps professoral, augmentation du nombre d’heures obligatoires de travail, coupures dans les services d’aide aux devoirs, d’aide alimentaire, dans les programmes de lutte au décrochage scolaire, dans les offres d’activités parascolaires, suppression de postes de psychoéducateurs, conseillers pédagogiques, psychologues, orthopédagogues et autres professionnels de l’éducation, bref une guignolée d’idées novatrices qui font de l’éducation une priorité. Et tout ça au nom de la foi austère, pour la majorité dite silencieuse. Seulement depuis la rentrée scolaire, plus de 250 postes de professionnels en éducation ont été supprimés dans le réseau scolaire public, faute de fonds adéquats. Alors, rendez-vous-en compte, pour remédier à la situation, on aura enfin un budget équilibré, celui dont nous rêvions tout un chacun, chaque soir. L’austérité du Père Couillard aura ainsi été généreuse cette année, car l’État n’est plus un projet : il est un budget.

Cela dit, revenons-en aux choses sérieuses. Lorsque Philippe Couillard affirme sans vergogne que jamais un gouvernement n’aura donné autant d’importance à l’école, il semble au contraire consciemment oublier de mentionner que, pour la première fois en plus de 15 ans, un gouvernement a réussi à engendrer une décroissance nette des dépenses en éducation au Québec. En effet, mentionnons que, selon le dernier rapport de la Vérificatrice générale, on assiste à une réduction de 0,4 % des budgets en éducation par rapport à l’an passé, c’est-à-dire pas un sous de plus que les années précédentes. Pourtant,  l’éducation n’est pas une dépense, mais un investissement.

C’est que l’avenir du Québec passe par la formation de nos jeunes, l’avenir du Québec passe par notre éducation. Les sociétés qui seront au sommet dans 20 ans seront celles qui auront la jeunesse la mieux formée et la plus instruite. Pour bâtir une nation des plus prospères, il faut réinvestir massivement dans notre système d’éducation. C’est tout le contraire de la vision actuelle du ministre de l’Éducation. Ce dernier, il faut le mentionner, n’a toujours pas visité l’une des écoles de la plus grande et de la plus complexe des commissions scolaires, soit la Commission scolaire de Montréal (CSDM), depuis plus de 270 jours. D’autant plus que certaines écoles doivent jongler avec de la moisissure, des plafonds en ruine et pendant ce temps, le ministre ne daigne même pas rencontrer le vrai monde, dans une vraie salle de classe. C’est tout simplement honteux.

Dans ce cas, pourquoi le gouvernement s’entête à dire que tout va bien ? L’école ne va tout simplement pas bien et ce n’est pas pour rien si les employés de la fonction publique sont aujourd’hui en grève. Ce n’est pas pour rien s’ils doivent aller dans la rue. Des fois, on en vient à se demander si la ribambelle de ministres libéraux, M. Coiteux en tête, ne nous prend pas pour des dindes. Une chance que Noël ne tarde pas à arriver. Alors vivement le temps des fêtes, un peu de répit ne fera pas de tort, car le système d’éducation est fatigué !

 

 

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