Le monde

Jour d’élection dans plusieurs pays

Par Luqman Cissé, journaliste pour la Salle des Nouvelles

Une semaine après les élections fédérales canadiennes, c’était au tour des citoyens de six pays de se rendre aux urnes, le 25 octobre, pour élire leurs prochains gouvernements. Certains de ces scrutins se sont déroulés dans un climat politique tendu, tandis que d’autres serviront de test ou marqueront un tournant pour leur pays.

Plusieurs observateurs craignaient des incidents durant les trois scrutins simultanés en Haïti. Toutefois, c’est avec soulagement que la journée de dimanche s’est déroulée sans heurt majeur. Cette élection était primordiale : les haïtiens étaient appelés à voter pour le premier tour de la présidentielle, afin de désigner le successeur de Michel Martelly, ainsi que pour les élections législatives et municipales. Le spectre de l’abstention qui planait sur ce scrutin n’a pas été problématique puisque c’est en grand nombre que les électeurs du pays se sont présentés aux urnes. Parmi les 54 candidats, un duel serré semblait se dessiner entre Jude Célestin et Jovenel Moïse, au coude à coude dans les sondages. Ce sont donc ces derniers qui pourraient éventuellement s’affronter au deuxième tour. Cette journée de vote pacifique est rassurante pour l’avenir de ce pays en quête d’une réelle stabilité politique depuis le départ du dictateur Aristide en 2004.

En Pologne c’est le parti de la droite conservatrice PiS (Droit et Justice) qui arrive en tête au terme des élections législatives. C’est la première fois depuis la chute du communisme au pays en 1989 que ce parti eurosceptique est en mesure de gouverner seul. Le gouvernement sera mené par Beata Szydlo, qui succèdera ainsi à la Première Ministre Ewa Kopacz, du parti libéral centriste PO (Plateforme civique). Le résultat de ce scrutin laisse présager un plus grand rôle du Président et du Premier Ministre, une restructuration du système d’éducation, une attitude plus ferme dans la crise des migrants (opposition aux quotas) et à propos de l’environnement, une politique beaucoup plus pro-américaine ainsi qu’une économie plus «nationaliste».

La Côte d’Ivoire tenait quant à elle ses premières élections depuis la fin de la crise politique de 2010-2011 qui avait fait plus de 3000 morts dans le pays. Le président Alassane Ouattara (RDR), qui avait été soutenu par la communauté internationale fait face au président déchu Laurent Gbagbo (présentement inculpé pour crimes contre l’humanité et incarcéré à La Haye), qui est favori. Fort de son bilan économique, le président sortant est à la tête du RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix), une coalition comprenant le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire) et le RDR (Rassemblement des républicains). Bien que le processus de réconciliation ne soit pas achevé, Ouattara n’a devant lui qu’une opposition affaiblie et dont les candidats les plus crédibles se sont retirés, à l’exception du chef du FPI (Front populaire ivoirien), Pascal Affi N’Guessan. Ce dernier est cependant handicapé par l’aile dure de sa formation, restée fidèle à Gbagbo et qui, comme les autres partis d’opposition, appelle au boycott des élections. Le taux de participation est donc surveillé de près. Selon les principaux observateurs, il serait tout de même estimé de 53% à 60%.

 

 

Pour les argentins, c’est la fin de l’ère Kirchner et le successeur de la Présidente sera Daniel Scioli, candidat de centre-gauche qui a les faveurs de de la coalition FPV (Front pour la victoire) et qui est actuellement au pouvoir depuis 2003, ou le maire conservateur de Buenos Aires, Mauricio Macri. Pour la première fois dans l’histoire du pays un deuxième tour aura lieu. Dans ce face à face, les sondages avancent que ce serait Scioli qui l’emporterait sur Macri. Beaucoup analysent ce deuxième tour comme un certain mécontentement d’une partie de la population à l’égard de la présidence de Cristina Kirchner, en particulier sur sa politique économique. La Présidente sortante quitte en effet le pouvoir à un moment où l’économie du pays est au ralenti.

C’est l’humoriste Jimmy Morales qui, à la surprise générale, a ravi le pouvoir au Guatemala. Face à la candidate de centre gauche Sandra Torres, il a obtenu un score écrasant de 67 % des suffrages. Morales doit largement sa victoire à l’énorme scandale de corruption qui a secoué le pays, le Président Otto Pérez (ainsi que sa Vice-Présidente) ayant détourné des fonds importants : près de 40% des recettes douanières de ce pays pauvre d’Amérique du Sud. Le taux de participation atteint à peine 50 % et l’élection de Morales semble constituer un ras-le-bol de la politique traditionnelle de la part des Guatémaltèques. Le Président Pérez et sa Vice-Présidente Roxanna Baldetti sont d’ailleurs tous deux emprisonnés.

Finalement, c’est dans un contexte tendu que s’est déroulé le scrutin en Tanzanie. Si la journée de dimanche a été relativement paisible, des tensions ont commencé à apparaître au lendemain des élections : des irrégularités sont dénoncées par l’opposition et des soupçons de fraude sont toujours entretenus. Tout se joue entre John Pombe Magulfi, chef du CCM (parti au pouvoir depuis l’indépendance en 1961) et Edward Lowassa, dirigeant de la coalition Ukawa. Bien que Magulfi ait été désigné comme favori, l’issue la plus probable semble être une victoire de la coalition Ukawa, ce qui marquerait la fin de la domination du CCM, l’ancien parti unique. Les tensions qui font surface sont une nouveauté pour ce pays qui est stable depuis son indépendance. C’est donc dans l’incertitude et une certaine confusion que les tanzaniens attendent les résultats.

 

À propos de l'auteur

La Salle des Nouvelles

Commentez