Le monde

Victoire des indépendantistes Catalans

Par Luqman Cissé, journaliste pour la Salle des Nouvelles

Le dimanche 27 septembre 2015 se tenait les élections régionales en Catalogne. Ce scrutin était d’une importance particulière pour l’Espagne, un des plus vieux royaumes d’Europe, qui pourrait voir une de ses plus riches régions, la Catalogne, faire sécession dès 2017. Menée par le chef du gouvernement  catalan Artur Mas, la coalition indépendantiste a obtenu la majorité absolue au parlement régional.

Le camp séparatiste avait donné une saveur référendaire à ces élections régionales, près de trois mois avant les législatives. Si les deux listes souverainistes (Ensemble pour le oui et le CUP) ont obtenus 72 sièges sur 135 en tout, les résultats du vote en pourcentage permettent au chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, de relativiser les conséquences du vote, voyant dans les résultats un refus à la sécession avec l’Espagne. Le camp indépendantiste n’a en effet obtenu que 47,3 % des votes, ce qui n’aurait pas été suffisant dans un référendum. Le taux de participation était de 77,5 % selon le gouvernement régional.

Cela faisait près de 3 ans qu’un référendum était exigé par Artur Mas. Notons cependant qu’un référendum déclaré anticonstitutionnel avait été organisé en 2014 avec un taux de participation de 37% et une victoire du Oui à 80 %.

Suite au statut d’autonomie partiellement invalidé en 2010 et à la crise économique secouant l’Europe, la Catalogne, une région riche et importante culturellement, qui représenterait près du cinquième du PIB de l’Espagne, a vu le camp séparatiste gagner en popularité. Ce scrutin sonne comme une sonnette d’alarme et ouvre la voie à un processus pouvant mener à l’indépendance de la Catalogne.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy est critiqué pour son intransigeance face aux revendications en matière d’autonomie de la région. Certains sondages avancent que seuls 20 à 25% des catalans seraient des indépendantistes endurcis, un nombre important voteraient toutefois pour les listes indépendantistes afin de pouvoir forcer des négociations sur le statut d’autonomie de la région. Le chef du gouvernement catalan Artur Mas s’est d’ailleurs récemment converti à la cause séparatiste, lui qui défendait auparavant une position autonomiste.

Les principales revendications des souverainistes sont en grande partie d’ordre économique et culturelle. Cette région de 7,5 millions d’habitants (16 % de la population espagnole) est l’une des plus riches d’Espagne. Cela n’empêche pas son endettement, dont la région accuse l’État, mettant en cause le système de redistributions espagnol qui fait en sorte que les régions plus prospères aident financièrement les régions plus pauvres. La crise qui secoue actuellement plusieurs pays de la zone euro touche durement des pays comme la Grèce, l’Italie et l’Espagne. À ces raisons économiques s’ajoute une dimension culturelle. La région reste attachée à son identité et à son histoire. Le nationalisme catalan, apparu durant les années 30, a connu une forte répression durant la dictature du régime Franquiste (1936-1977) mais a quand même réussi à perdurer.

Le résultat de ces élections ne scelle cependant pas l’avenir de la Catalogne. L’échec des listes indépendantistes à obtenir la majorité des voix donne une seconde chance aux négociations avec l’État espagnol. Les principaux partis indépendantistes, Ensemble pour le oui (centre-droit) et le CUP (extrême-gauche) ont des idéologies très éloignées, ce qui complique leur alliance actuellement nécessaire à la cause sécessionniste.

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