Arts et culture Vie au Cégep

Colloque de vulgarisation scientifique de la Première Guerre Mondiale – Partie 2 de 3

Voici la deuxième partie sur trois de la couverture médiatique du colloque de vulgarisation scientifique de la Première Guerre Mondiale.

4. La réponse populaire à la conscription au Québec (1917-1918)

La conférence sur le sujet de la conscription de Mme Béatrice Richard, directrice du Département des humanités et des sciences sociales du Collège militaire royal de St-Jean, visait principalement non pas à faire une étude de l’effet de la conscription sur la province, mais plutôt d’illustrer les dynamiques sociales et les antagonismes sociaux et nationaux lors de cette période de la guerre, suite aux méthodes prises par la population et les forces de l’ordre pour manifester leur opinion sur la chose.

C’est avec cette approche que Mme Richard souligna la réticence populaire à la conscription : en effet, la réaction générale envers l’enrôlement obligatoire était très négative, par l’instauration d’assemblées anti-conscription, voire violente, puisque de nombreuses menaces de mort ont été émises. Cependant, le comportement de la population, malgré les tendances un peu extrémistes qu’il prenait parfois, était proportionnel au traitement des forces de l’ordre sur les rétractaires : les jugements empreints de favoritisme pour les haut placés afin qu’ils évitent la conscription et la violence armée, comme celle à une émeute de Pâques où l’armée tira sur la foule, faisant ainsi cinq morts, étaient pratiquement des pratiques courantes. La conférence portait également sur les mesures individuelles prises en ville pour éviter la conscription, comme le recours à des tribunaux d’exemptions et la fuite dans le bois afin d’exécuter le travail de bûcherons pour éviter de se faire trouver par les forces d’instauration de l’enrôlement obligatoire.

La conférence se termina par la mention que la conscription fut peu efficace, notamment car elle fut instaurée au Québec vers la fin de la guerre, en 1918, et car la province était surtout rurale et préindustrielle, donc chaque paire de bras comptait. Par la suite, Mme Richard répondit à quelques questions sur l’influence de l’opinion d’Henri Bourassa sur l’instauration de la conscription, ainsi que sur la situation des soldats qui ont été envoyés sur les champs de batailles, notamment sur leur allégeance au sein du corps expéditionnaire canadien, qui était connu pour combattre aux côtés des Français.

5. L’internationalisme scientifique face à la guerre (1914-1919)

La conférence de Mme Marie-Ève Chagnon, postdoctorante de l’Université de Montréal, portait sur la communauté scientifique lors de la première guerre. La présentation avait notamment pour sujet la mobilisation politique et morale des scientifiques, particulièrement celle des Français et des Allemands, que la conférencière a décidé de représenter par deux personnalités intellectuelles connues lors de la guerre : Émile Picard, mathématicien français, et Max Planck, physicien allemand.

Avant la guerre, vers 1911, la communauté scientifique européenne était majoritairement en faveur de l’internationalisme scientifique, soit le partage de connaissances scientifiques par les associations intellectuelles de différents pays. Cependant, le sentiment allemand était particulièrement différent de celui du reste de l’Europe : la majorité des allemands, incluant Max Planck, croyait que leur culture, incluant les découvertes allemandes, était une partie intégrante de son attitude militariste, faisant part d’un grand nationalisme conservateur. La France, cependant, ne voyait pas les choses de la même façon et n’hésitait pas à collaborer en partageant ses découvertes scientifiques.

Malgré cette tension entre l’Europe et l’Allemagne causée par le nationalisme de cette dernière, ce fut un manifeste intitulé le Manifeste des 93, promouvant le nationalisme scientifique allemand, qui commença ce qui est considéré comme une véritable guerre des esprits. Le Manifeste fut considéré comme de la malhonnêteté scientifique et plusieurs des signataires, incluant Max Planck, furent exclus de nombreuses associations scientifiques européennes. Malgré le fait que plusieurs signataires tentèrent de se distancier du Manifeste en disant qu’ils l’avaient signé sans voir le document et que cela ne représentait que leur ferveur du début de la guerre, qu’ils ne partageaient plus ce sentiment, il y eu un boycott total de la science allemande lors de la guerre et une exclusion complète de la communauté scientifique allemande. C’est à la suite de cet événement que la France a pu gagner de l’importance au niveau scientifique, puisque le sentiment d’exclusion de la science allemande dura bien après l’après-guerre.

La conférence se termina par une série de questions, à savoir si les scientifiques allemands furent inclus de nouveau dans des associations scientifiques dans l’après-guerre, si Albert Einstein avait eu un rôle dans le Manifeste des 93, si l’État avait intervenu dans le Manifeste et ce qui caractérisait la science allemande et française mise à part leurs nationalités.

À propos de l'auteur

La Salle des Nouvelles

Commentez